jeudi 10 mars 2016

Pangée

Comme la Terre, prise de doute, s'arrêta de tourner un instant sur elle-même, les continents, trahis par la force d'inertie, continuèrent d'avancer, chacun à sa vitesse, et finirent par s'entrechoquer. L'Europe rentra de plein fouet dans les côtes américaines, l'Amérique elle même repoussa l'Asie ; l'Afrique ne fit bientôt plus qu'une avec l'Amérique du Sud, et la violence  de ce choc s'en vint mourir dans un mugissement énorme, audible depuis le fond de la galaxie.
Puis la Terre reprit sa course. La nouvelle Pangée, tache brune sur l’immensité bleue, s’étalait en bande sur toute la surface du globe. Les Amériques s’imbriquaient dans l'Afrique, la vieille Europe éventrait le Canada. L'Asie, qui, en plus de son propre mouvement, était poussée par l'Europe, avait, dans sa vitesse, rompu la plaque eurasienne et glissé pour moitié sous les Amériques. L’Australie mit longtemps à s’agréger au reste du monde, continuant mollement sa course dans l’océan. L’Antarctique tourna sur elle-même comme une peau d’orange détachée du fruit, tituba d’un côté, de l’autre, et finalement dériva sagement vers la pointe africaine.
Dans le temps qui suivit, les étoiles, alertées par le bruit qui s'était propagé, vinrent se placer une par une sur la voûte céleste, quittèrent les masses noires où elles se réfugiaient, les galaxies éloignées qui les privaient du spectacle de la Terre, si bien que, se serrant les unes contre les autres, elles firent de la nuit un ciel incandescent, projetant sur Terre une chaleur et une lumière insupportable.

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